Troisième date essentielle : 1968 et le Golden Globe.

La Transat anglaise avait pour support le journal The Observer. Le Golden Globe aura pour support le Sunday Times.

Le règlement est aussi simple que précurseur : le journal promet un globe d’or au premier solitaire qui fera le tour du monde par les trois caps, et 50 000 livres au plus rapide. Chaque navigateur peut partir à la date de son choix. En revanche, il impose aux navigateurs de posséder une radio pour que le grand public puisse suivre l’aventure, relayée par le Sunday Times. La navigation sera sans escale, et sans assistance. Fin du règlement.

Ils sont neuf au départ, dont le Français Bernard Moitessier.

La course est une véritable épopée. Elle se solde par deux suicides, cinq abandons, une désertion.

Après le cap Horn, Bernard Moitessier, largement en tête de la course sur Joshua, renonce à la victoire, au globe d’or, aux 50 000 livres et aux honneurs. Homérique, il poursuit sa route vers le Pacifique à bord de son ketch rouge de 12 mètres.


Joshua, le ketch mythique de Moitessier et de sa «longue route». © François Chevalier.

Il ouvre ainsi la voie de la victoire au Britannique Robin Knox-Johnston à bord de Suhaili, un ketch de 10 mètres. Robin est le seul concurrent à terminer la course, en 313 jours. Sa vitesse moyenne autour du monde : 3,6 nœuds…


Suhaili, si petit, si lent : 313 jours pour le tour du monde victorieux de Robin Knox-Jonhston !
© François Chevalier

Après la Transat anglaise, le Golden Globe est sans conteste le second acte fondateur des courses océaniques modernes. Il rassemble tous les éléments d’une dramaturgie moderne : l’aventure extrême, des gestes héroïques, la révélation de caractères trempés dans l’eau de mer, durs au mal, intrépides et généreux, souvent taiseux, le tout accompagné d’un réel suivi médiatique, une forte dotation, la mort et la gloire. En bref, une nouvelle chanson de gestes.

Bernard Moitessier, enfin en paix en Polynésie, écrit «La Longue Route», véritable manifeste qui illuminera tout une génération de skippers : les Poupon, Lamazou, Terlain, Fauconnier, Jeantot et tant d’autres…