Entre 1960 et 1969, la France et la Grande-Bretagne ont évolué de façon similaire. Leurs économies et leurs populations sont comparables. Elles se sont toutes deux fabriqué un héros national et se lancent toutes deux résolument dans la course océanique.

A partir de 1969, les deux nations vont diverger et appréhender la chose maritime moderne de façon très différente.

Évoquer cette différence revient à énoncer «le» grand trouble qui sépare, aujourd’hui encore, les grandes nations à travers le monde dans le domaine des courses océaniques. Cette véritable ligne de démarcation a conditionné et conditionne toujours le développement de ces courses au large.

Nous pouvons considérer deux blocs.

• Les pays anglo-saxons, tout d’abord.
Ils ont tout misé sur la notion de sport. Pour ces navigateurs, deux priorités : la course en équipage et les Olympiades.
Les grands navigateurs anglo-saxons ont gagné la Coupe de l’America et la Whitbread (Course autour du monde en équipage), ou sont médaillés olympiques. Les plus connus cumulent les distinctions. Ils se nomment Peter Blake, Dennis Conners, Chris Dickson, Russell Coutts, Paul Cayard, Dean Barker, Grant Dalton, Mike Sanderson…


Le maxi-cata Enza. A son bord, en 1994, Peter Blake a remporté le Trophée Jules Verne en un peu plus de 74 jours. Egalement vainqueur de la Coupe de l’America et de la Whitbread, le skipper néo-zélandais a été tué par des pirates lors d’une expédition en Amazonie. © François Chevalier.

La France considère ces grands noms et ces grandes compétitions avec respect. Elle y aligne ses équipes régulièrement, mais gagne beaucoup moins de médailles aux jeux Olympiques que les Etats-Unis ou la Nouvelle-Zélande. Elle est largement dominée par le bloc anglo-saxon dans la Coupe de l’America, et ceci depuis toujours.

• Second bloc, la France, souvent rejointe par sa cousine latine, l’Italie.
Prenant une direction originale, à l’opposé de celle choisie par les Anglo-Saxons, la France a développé un véritable «credo», une sorte d’exception culturelle : la navigation en solitaire.
Celle-ci se nourrit d’éléments à la fois techniques et romanesques, mécaniques et humains, tous propres à créer des mythes, des légendes.
Les grands navigateurs français ont gagné la Mini-Transat, la Course de l’Aurore rebaptisée ensuite Solitaire du Figaro, la Transat anglaise, la Route du Rhum, le Boc Challenge, et enfin le Vendée Globe.
Il s’agit – entre autres ! – des Eric Tabarly, Philippe Poupon, Loïck et Bruno Peyron, Marc Pajot, Titouan Lamazou, Alain Gautier, Francis Joyon, Florence Arthaud, Jean-Luc Van den Heede, Christophe Auguin, Yves Parlier, Isabelle Autissier, Michel Desjoyeaux, Vincent Riou, Giovanni Soldini…


Fleury-Michon VIII, mené à la victoire dans la Route du Rhum 1986 par Philippe Poupon.
© François Chevalier.

Les Américains, les Anglais, les Australiens et les Néo-Zélandais regardent la Mini-Transat, le Figaro ou le Vendée Globe avec gourmandise et respect.

Ils reconnaissent le caractère populaire et le niveau sportif de ces épreuves, mais se trouvent très déconcertés au moment d’aborder la course en solitaire, car ils pensent ne pas en connaître les arcanes. Cela dit, on le verra plus tard, des exceptions existent. Et dans les deux camps !