Au terme de l’analyse de ces divers paramètres, on peut affirmer ceci :

• Entre 1960 et les années 2000, les monopoles étaient assez bien marqués. La France organisait ses compétitions «sur mesure» et triomphait en solitaire, alors que les Anglo-Saxons dominaient en équipage.
• Cet ordre est progressivement en train de bouger.
     – D’une part, la compétition mondiale pour obtenir les places d’honneur dans la course océanique est de plus en plus difficile.
     – D’autre part, un courant de mixité et d’échanges entre la culture des Anglo-Saxons et la culture des Latins se met en place et gagne du terrain.

Tous l’ont compris : seul un regroupement des compétences internationales peut permettre à une structure, quelle que soit sa nationalité et le type de navigation qu’elle gère, de glaner les premières places, tant sur le plan sportif qu’économique.

Pour qu’un pays brille en course au large, aujourd’hui et sur le plan mondial, il lui faudra :

• Posséder une industrie nautique de haut niveau, tant au niveau technologique que commercial.
• Former les meilleurs navigateurs en équipage et les meilleurs navigateurs en solitaire grâce à des filières de formation polyvalentes.
• Affirmer son savoir-faire dans l’organisation d’événements nautiques de taille internationale.
• Et, surtout, organiser des compétitions adaptées au savoir-faire des Anglo-Saxons et aux spécificités des Latins.

A ce titre, une course océanique novatrice est née en Grande-Bretagne, voici trois ans. La Barcelona World Race, tour du monde en double sans escale en 60 pieds IMOCA, dont le départ a été donné de Barcelone – encore une ville espagnole – le 11 novembre 2007, soit exactement un an avant le Vendée Globe.

Lancé par Offshore Challenges, la société des Anglais Mark Turner et Ellen MacArthur, ce projet s’annonçait aussi ambitieux que fédérateur. Ce format inédit de course en double – donc en équipage très réduit – possède une majorité des qualités du Vendée Globe, exception faite de l’aventure en solitaire.

C’est une compétition qui s’est volontairement mise à la portée des Anglo-Saxons en évitant de les contraindre à la pratique du solitaire, qu’ils n’affectionnent pas. Une formule qui avait le potentiel pour intéresser les grandes marques d’«entertainment» – Nokia, Ericsson, Disney – intéressées par le rendement de la voile internationale.

L’objectif était de boucler la boucle : les grands noms de la voile mondiale, les grandes marques mondiales dans un parcours haut en évocation, le tout dans une formule peu onéreuse. Et était pressentie comme une illustration des compétitions et des forces en présence pour le futur.


Le 60 IMOCA Paprec-Virbac a remporté la première Barcelona World Race aux mains de Jean-Pierre Dick et Damian Foxall. © François Chevalier.

A cela près que, sur les neuf présents au départ, seuls cinq tandems ont pu terminer la course. Trois démâtages dans le grand Sud et une avarie de safran à Cape Town ont forcé quatre équipages à l’abandon, sans oublier que deux bateaux se sont arrêtés pour escales techniques. La course a alors perdu de son suspense : dans l’océan Pacifique, les leaders Jean-Pierre Dick et Damian Foxall (Paprec-Virbac 2) possédaient déjà 1000 milles d’avance sur leurs plus proches concurrents, avant d’arriver victorieux à Barcelone. Reste évidemment l’intérêt technique d’une telle course, dont la deuxième édition est – pour l’instant en tout cas – confirmée pour 2010.

Pas de doute, la course océanique n’a pas fini de nous faire rêver – tant mieux…

A bientôt, sur les pontons, sur l’eau – ou au PC Presse du Vendée Globe.
Denis Horeau