Depuis la victoire de Tabarly en 1964, les Anglais assistent, médusés, à l’arrivée de l’armada française qui grossit comme la grenouille, tous les quatre ans, à chaque départ de Transat anglaise. A Plymouth, les Français sont nombreux, bruyants, se poussent du col, et partent gagnants. De plus, ils s’alignent avec des monstres, comme le quatre-mâts de 72 mètres de long d’Alain Colas en 1976.

S’en suit une forte irritation des organisateurs, qui décident donc de limiter la taille des bateaux à 60 pieds, soit 18,28 mètres. Et cette restriction n’est pas du goût des Français qui, en pleine ascension, voient d’un mauvais œil toute limitation de leur activité, qu’elle soit architecturale, financière ou autre.

En 1978, la création de la Route du Rhum par Michel Etevenon est donc la réponse des Français aux Anglais. Fidèle au concept de course «Open» cher aux skippers français, cette transatlantique symbolise à elle seule l’aventure en toute liberté et en solitaire. En 1978, près d’un million de personnes se pressent au départ à Saint-Malo.

A l’arrivée, en Guadeloupe, la victoire – en direct au journal de 20 heures – de Mike Birch sur un petit trimaran jaune (Olympus), et les 98 secondes qui le séparaient de Michel Malinowski sur un étroit et long monocoque bleu (Kriter V), auront un impact incroyable sur le public et feront rentrer la Route du Rhum dans l’histoire.


Le petit trimaran jaune de Mike Birch coiffant sur le fil le grand monocoque bleu de Michel Malinovski : on ne pouvait rêver meilleur lancement pour la première Route du Rhum, en 1978 !
© François Chevalier.

Les pays
Là encore, tous les pays investis dans la course au large y participent.

Les bateaux
Aujourd’hui : monocoques IMOCA de 50 pieds et 60 pieds. Pour les multicoques, les rois du Rhum, les trimarans ORMA de 60 pieds, fragiles et en déclin, devraient être écartés au profit de nouveaux mutlis de 70 pieds monotypes. Mais, pour l’instant, le flou règne encore.

Quelques chiffres
• Un multicoque 60 ORMA vaut entre 2,5 et 3 millions d’euros à la construction.
• Il est amorti sur une période de quatre ans environ et son entretien annuel est évalué à plus d’un million d’euros.
• Le circuit ORMA représente six multicoques qui sont aujourd’hui tous français.
• Le parcours de la Route du Rhum représente 3450 milles en orthodromie.


Groupe Pierre 1er, le trimaran avec lequel Florence Arthaud a enlevé la Route du Rhum 1990.
© François Chevalier.

La Route du Rhum est dominée sans partage par les Français. Au palmarès de la course, citons Mike Birch (Canada) en 1978, puis Marc Pajot (1982), Philippe Poupon (1986), Florence Arthaud, (1990) Laurent Bourgnon (deux fois, en 1994 et 1998), Michel Desjoyeaux (2002) et Lionel Lemonchois (2006).